En tournée avec Massive Attack: The show must go on

By in Musique, Son Live

Cet article est le deuxième de la série, En tournée avec Massive Attack de Robb Allan. Robb partagera son expérience à la fois en tant qu’ingénieur façade et membre de l’équipe Live Sound d’Avid.

Sofia

Si vous avez lu mes billets précédents, vous savez de quoi je vais vous parler. Je suis en tournée avec mon groupe préféré, Massive Attack, où je mixe sur ma console préférée, la S3L d’Avid, et je passe un super moment. Nous avons fini un calendrier de répétitions de production un peu chaotique et sommes prêts à attaquer les premiers concerts. À commencer par Sofia, en Bulgarie.

Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

Prenez une énorme boîte à biscuits en métal, retournez-la, encastrez-la dans du béton et vous aurez une petite idée de l’environnement acoustique de l’arène de hockey sur glace dans laquelle nous jouions. Mais bon, bien sûr, quand on fait du rock, ça n’a aucune importance. Le principal, c’est la performance et l’énergie du show. Dans les meilleurs concerts, le groupe, l’équipe technique et le public forment un tout éphémère et créent une communauté avec un seul objectif en tête : se perdre dans la musique.

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C’est mon premier concert de Massive depuis huit ans. Je suis un peu nerveux et alors que le titre Battlebox débute le show, les poils se dressent sur ma nuque et les 20 000 spectateurs crient leurs encouragements. L’espace d’un instant, je n’entends pas le groupe à cause du rugissement de la foule qui se réverbère dans cet énorme hangar stalinien plein à craquer. La tentation de monter les niveaux est insoutenable mais je parviens à me contrôler. Si je mets la gomme maintenant, ce ne sera plus possible de monter quoi que ce soit plus tard. Mon plan, c’est de mettre un pic de volume sur Angel, puis un deuxième sur Unfinished Symphony et ensuite de garder un plateau jusqu’à la fin des rappels. Angel est toujours le temps fort du show pour moi, donc je dois garder des réserves de son jusque là. Je suis sûr que le public ne pourrait pas supporter ce niveau de bruit trop longtemps, mais à mesure que la soirée avance, je suis ébahi par leur participation et leur enthousiasme.

Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

Pendant les premières mesures, je vérifie rapidement mon matériel : le timecode suit son cours et déclenche des snapshots, la session Pro Tools enregistre sur ses 64 canaux via Cat5e, et j’enregistre aussi un mix de référence sur deux pistes à 48 k 24 bits envoyé directement vers une clé USB, et mes snapshots l’éditent et attribuent automatiquement des titres de chansons à chaque fichier .wav. Tout ce petit monde travaille gentiment. Mon ami Radu est arrivé de Roumanie avec le chanteur de Sensor et ils sont avec moi à la façade. Nos regards se croisent : il sourit et me fait signe que tout se passe bien.

Au moment où Martina commence ses premières lignes de chant, je jette un œil à l’EQ du bus LR. La S3L offre un EQ graphique et un EQ paramétrique sur chaque sortie. Dans l’EQ graphique, j’avais coupé certaines fréquences, plus qu’à mon habitude, pour tenter de dompter l’acoustique ingérable pendant les balances. J’en ai remis quelques-unes après avoir essayé de jauger la différence que faisaient les 20 000 bulgares en furie dans l’environnement acoustique. Le son était atténué par leur présence, bien entendu, et leurs voix et leurs mouvements augmentaient grandement la température et l’humidité. J’ai remplacé ce que j’appelle les “fréquences téléphoniques”, de 600 Hz à 3 kHz, la plage où les voix sont projetées et les mots prononcés. J’ai aussi réinjecté certaines fréquences de la basse, entre 100 et 200 Hz. Le boom dans la pièce vide était violent, mais j’ai pu ajouter un peu plus d’énergie dans cette plage une fois la pièce remplie. L’EQ graphique est presque plat maintenant et c’est comme ça que j’aime le voir. Je me souviens avoir dit à Benny (notre manager de production), plus tôt dans la journée, que presque tous mes canaux était plats et que l’EQ système devrait être plat dans l’idéal. Il m’a conseillé de me faire payer moins, puisqu’il était évident que je ne travaillais pas beaucoup ! Oui, c’est ça. J’ai expliqué que les sons source étaient géniaux, les micros bons et au bon endroit, les préamplis de la S3L excellents et que si vous avez foi en vos oreilles et en votre équipement, il est parfois plus sage de ne toucher à rien.

Règle du bon roadie n°3 : Ne pas modifier le routing sauf si tu as une bonne raison de le faire. Autrement dit : si ça sonne bien, touche à rien!

Le show commençait à être rodé et j’aimais beaucoup la musique et la réponse du public. Pendant la phase de développement du show, je faisais de petits ajustements au snapshot de chaque morceau et je les stockais. Comme ça, pendant les premiers concerts et les balances, je pouvais affiner et approfondir le travail qu’on avait fait pendant les répétitions de production. Angel est arrivé et M. Horace Andy, le dernier représentant de l’âge d’or des chanteurs de reggae de Studio One, a fait son truc inimitable. Cet homme est éternel et sa joie de vivre transparaît dans chaque syllabe. “Love ya, love ya, love ya”… J’ai fait tourner la phrase avec un delay qui alterne entre gauche et droite, puis la batterie et la guitare sont arrivées. Le système de sonorisation était au maximum et la foule s’est mise à rugir spontanément. C’est dans ces moments-là que je me rends compte que je fais le meilleur métier du monde.

Visuels

À chaque concert, le groupe travaille avec un journaliste et un traducteur locaux pour diffuser des messages de “propagande” sur des écrans vidéos. Je ne sais pas ce qu’ils ont projeté pendant Future Proof (mon niveau de bulgare est un peu faible) mais la foule a failli faire exploser le plafond en métal de l’arène tellement elle était enthousiaste. Le contenu n’est jamais le même, il change pour chaque salle et pays pour correspondre à la culture, à la situation politique locale et à l’environnement. Ce qui est génial avec Massive Attack, c’est qu’ils sont toujours éclairés par l’arrière, presque dans le noir. Tout est dans la musique et les visuels. C’est comme une énorme installation artistique accompagnant un super groupe. L’ego n’y a pas sa place. Il faut attendre la toute fin du dernier rappel pour les voir éclairés par l’avant, tous les 9, à saluer le public et à se prendre dans les bras.

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Istanbul

L’étape suivante était Istanbul, où on jouait dans un parc du centre-ville. Le système de diffusion s’organisait autour de deux clusters de K1 très bien installés et alignés. Je suis arrivé tôt le jour du concert pour installer ma console et mon Pro Tools et travailler sur mon Virtual Soundcheck. J’ai remis tous les traitements de sortie à zéro, lancé la lecture et rappelé un snapshot. Pro Tools est allé au point correspondant du fichier Show du concert de Sofia et voilà : le son était presque celui que je voulais. J’ai rajouté du niveau aux subs avec le processeur et après quelques morceaux, mon travail était fait. J’ai apporté un peu plus de reverb, comme nous étions en plein air et que nous avions peu de réflexions à gérer. Ça m’a permis de jouer avec ma reverb Sonnox préférée. C’est vraiment super pratique de pouvoir contrôler indépendamment les niveaux des premières réflexions et de la reverb, ça m’ouvre pas mal de possibilités. J’ai mixé un album de rock classique il y a quelques années, du groupe The Black Bombers, et j’ai utilisé uniquement ce plug-in pour tous les effets d’instrument rétros. J’utilise aussi le Sonnox Transmod pour sculpter les formes d’ondes de mon groupe de batteries dans certaines parties du set et le Sonnox Dynamic pour la compression parallèle sur les deux batteries.

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Ensuite, il s’est passé un super truc. Ishmael Akkaya, l’un des Akkaya brothers, qui mixent le rappeur turc Ceza, s’est installé en façade avec sa S3L, et il avait aussi une autre S3L pour mixer les retours du groupe. Nous avons passé un super moment ensemble, même sans parler la même langue. Nous avons comparé nos plug-ins et beaucoup acquiescé et souri. Son concert était vraiment génial et j’étais très content pour lui. Le son était précis et ouvert avec un bas énorme et une clarté incroyable pour la voix du rappeur. Il s’est mis à déverser des torrents de mots ultra-rapides en turc, et même si je n’ai rien compris à ce qu’il disait, j’étais ravi de sa prestation.

Un jour, la portabilité des fichiers Show vous sauvera la vie

Je ne souhaite jamais à personne d’avoir des problèmes d’audio. Je ne suis pas du genre à rire du malheur des autres, mais un incident qui s’est produit ce jour-là avec un autre groupe sur une console concurrente m’a fait réalisé l’importance de la portabilité des fichiers Show. Sur les consoles Avid, tous les shows stockés sur une clé USB à partir de n’importe quelle console et avec n’importe quelle version du logiciel se chargeront directement sur n’importe quelle autre console Avid, sans aucun problème. J’ai été témoin du désespoir d’un collègue ingénieur façade qui n’a pas réussi à charger son show. Même marque, même modèle, mais pas le même numéro. Il a essayé de le lancer pendant des heures, jusqu’à l’heure du concert, puis il a laissé tomber. Il a mixé le groupe depuis la console de monitoring en envoyant un signal gauche droite au système de diffusion de façade. Aïe, aïe, aïe ! Je ressentais sa douleur, alors que je le voyais enchaîner clope sur clope et juron sur juron.

Quand l’heure de notre concert est arrivée, j’étais très content du système. Je n’arrivais pas à avoir le punch dans les graves que je cherchais avec le vieux système V-DOSC L-Acoustics, mais le K1 était très bon. Massive Attack utilise beaucoup de graves dans leur musique mais elles doivent être punchy et définies. Le K1 m’aide beaucoup à atteindre le son que je pense être le meilleur. Quand Future Proof est arrivé, et que les phrases et slogans en turc sont apparus sur les écrans, le public s’est mis à scander des slogans et à lever les poings au ciel. Plus tard, on m’a dit qu’ils parlaient d’un parc du centre-ville menacé (comme si le monde avait besoin de plus de grandes surfaces !). Ils ont continué à chanter leurs slogans bien après la fin du morceau. C’était impressionnant, j’ai bien cru que la révolution allait commencer là, devant mes yeux.

Barcelone

La date suivante était Barcelone, la ville où j’habite, qui accueille aussi l’excellent festival Sonar. Il se déroule jour et nuit à différents endroits de la ville et c’est l’un des plus grands festivals de dance et de musique électronique. Là encore, j’avais un système K1, mais cette fois-ci, il était gigantesque. Les gars de Twin Cam Audio avaient fait du super boulot et la sonorisation était monumentale. Mes deux fils sont venus et on a passé une super soirée. Le plus jeune, Ajani, ne m’avait jamais vu mixer, car il n’avait que 4 ans quand j’ai arrêté les tournées à plein temps. C’était super de l’avoir à mes côtés en façade pendant le concert. Ma femme, Lourdes, était au milieu de la foule en train de danser avec ses amis. Massive Attack est aussi son groupe préféré (nous sommes faits l’un pour l’autre) et elle dit que leur musique parle directement au “Ça” et que cela rend alors impossible de faire autre chose que de danser. L’aîné, Ibai, était aussi là avec ses amis hipster. Ils sont restés toute la soirée. Le festival se termine à l’heure du petit-déjeuner le jour suivant. Ses amis était ravis d’avoir des pass backstage, pas pour rencontrer les stars, mais pour l’open bar ! L’un d’eux s’est déboîté l’épaule et a fini la soirée à l’hôpital. Il jure que c’est arrivé en dansant et que ça n’a aucun rapport avec l’open bar!

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Le concert était incroyable, car il y avait 30 000 fans de Massive Attack qui dansaient et s’amusaient. Le public espagnol est toujours génial, les gens n’essaient pas d’être “cool”, ils sont là pour s’amuser. Nous avons pris la scène d’assaut après un DJ célèbre qui avait poussé le système à fond. C’était tellement fort que j’entendais à peine le check ligne, même avec mon casque fermé au max. Nous avons eu à peine 3 minutes pour nous vider la tête avant que le groupe monte sur scène. Nous avions nos visuels A, avec les lasers et tout. Le show a atteint le potentiel que l’on espérait. Le manager du groupe a dit que c’était leur meilleur son depuis des années. J’ai pris ça pour un compliment, pour le génie de la console S3L et l’excellence du système K1 monté par les techniciens.

J’étais super heureux, ma famille était là et je mixais, d’après moi, le meilleur groupe du monde sur une S3L, avec un système qui reproduisait chaque nuance et changement subtil que je faisais. Le rangement à la fin du show a été plus difficile, car un DJ essayait de faire saigner nos oreilles avec un son démesurément fort. Rudimental montait son équipement pour leur concert nocturne alors qu’on rassemblait notre matériel. Nous avons aussi dû charger une partie du matériel dans un autre camion, à destination de Reykjavik dans un 737 privé. Le tout en langue des signes au son d’une musique de discothèque avec le plus haut niveau de décibels au monde. Une vraie bouillie de clusters, comme on dit, mais on a réussi et tout a pu embarquer pour cette île nordique aussi étrange que magique.

Islande

Tout ce que je peux dire, c’est que, si vous en avez l’occasion, allez en Islande. C’est juste magnifique : des paysages surréalistes et une nature sauvage extraordinaire. Nous avons joué dans un festival plutôt intime dans la ville de Reykjavik pour lequel un système Meyer Milo avait été installé. Je n’avais pas travaillé avec ce système depuis longtemps. C’était très musical, mais je n’avais pas la puissance et la présence animale du système de Barcelone. Mais pourtant, je me suis bien amusé et le concert s’est bien passé. Le truc étrange, c’est que la nuit ne tombe jamais, même pas un tout petit peu : le soleil descend un peu puis il remonte aussitôt.

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Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

Nous avons fini notre set à 1h du matin, mais il aurait pu être 1h de l’après-midi, je n’aurais pas vu la différence ! La S3L a fait beaucoup parler d’elle : les équipes locales posaient beaucoup de questions et les curieux ne s’attendaient pas à voir autant de puissance sortir d’une console aussi compacte.

Jour de congé

Notre conducteur, qui s’appelait Love (si, vraiment), a passé la journée suivante à nous faire découvrir les paysages les plus stupéfiants de son île. Une cascade géante, des geysers, des glaciers, des chevaux sauvages… et nous avons fini par un bain dans des sources d’eau chaudes naturelles ruisselant à flanc de coteau. Incroyable. Je vous ai mis des photos, si ça vous intéresse. Je dois avouer que c’était l’un des meilleurs jours de congé de ma vie, et pourtant j’en ai eu des bons.

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Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

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Ça m’a fait penser à tous les trucs super que j’avais pu faire en tournée. Je me souviens d’un jour de congé au Carnaval du Brésil, à regarder la foule depuis une terrasse privé très glamour, accompagné de quelques stars, avec un buffet et un bar scandaleusement luxueux à disposition. Nous sommes restés là toute la nuit, à regarder les danseurs dans leurs superbes costumes sur leurs chars gigantesques s’amuser au son d’une samba endiablée. Je me souviens aussi d’avoir regardé le soleil se lever en haut de la pyramide du soleil de Tehutiacan, au Mexique.

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Le groupe que j’accompagnais en tournée avait embauché un chamane et avait obtenu la permission spéciale de s’y rendre avant tout le monde. Nous étions partis au milieu de la nuit et avions grimpé sur une énorme pyramide pour vivre cette expérience spirituelle exceptionnelle. Je n’ai rien ressenti de mystique, mais je me souviens que c’était un vrai challenge pour l’équipe de ne pas rire pendant que notre chamane chantait ses incantations et faisait son rituel. On avait une super vue de là-haut en tout cas, pour le lever du soleil.

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Voici aussi d’autres vieilles photos avec les Manic Street Preachers. Deptford Andy et moi sur un marché de Bangkok après un concert complètement fou (je vous raconterai cette vieille histoire de roadie dans le prochain article). Une jeune fille qui travaillait sur un stand nous a lancé “Farang farang ! La plage, c’est par là-bas !” en montrant du doigt une direction assez vague et en riant.

Une autre fois, au Portugal, nous avons loué un yacht privé et navigué le long de l’Algarve en buvant de la bière bien fraîche. Cette drôle d’équipe, c’est : JDB, Maddog Leitch, Deptford Andy et Moonboy Gritton. Il y avait pas mal de surnoms dans ce groupe. Le mien, c’était “Rubber Button”, c’est-à-dire : bouton en caoutchouc. Ne me demandez pas pourquoi!

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À la fin de la semaine, nous assurerons la tête d’affiche de la deuxième scène de Glastonbury, devant 60 000 fans couverts de boue. J’ai hâte!

As a live sound engineer, I have been lucky enough to work with some amazing artists including Coldplay, Massive Attack, Manic Street Preachers, Natalie Imbruglia, Richard Ashcroft and Lisa Stansfield. I have also mixed broadcast sound on David Letterman, Saturday Night Live, Jay Leno, the Brit Awards, the MTV Music Awards and the 2010 World Cup Kickoff Concert.