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Sous le capot de la S6L : Les secrets de l’incroyable puissance du moteur VENUE | E6L

Depuis sa présentation au NAB et au salon Prolight + Sound 2015, le système de son live Avid VENUE | S6L est au centre de toutes les attentions. De conception entièrement inédite, le moteur E6L est au cœur de ce nouveau système et fournit des performances de pointe et des capacités de traitement hors pair. Ouvrons le capot de ce bijou de technologie pour découvrir ce qui le rend si spécial, et pourquoi il modifiera radicalement votre approche du mixage et de l’enregistrement live.

VENUE | E6L

Moteur VENUE | E6L

Comment tout a commencé…

Lorsque l’équipe de développement s’est lancée dans la conception du nouveau moteur du système S6L, son objectif était de construire une plateforme capable d’évoluer et de se développer avec le temps. Un moteur qui puisse étendre ses capacités à l’avenir, et qui ne soit pas uniquement une réponse aux besoins à court terme de l’industrie du live. Ils ont imaginé une solution parfaitement équilibrée entre performances, évolutivité et prix, capable de fournir aux ingénieurs du son suffisamment de puissance pour gérer les productions de toute taille, mais aussi de leur assurer un solide retour sur investissement.

Pour atteindre ces objectifs, l’équipe a très tôt décidé d’exploiter deux technologies parallèles : un moteur de traitement temps réel de pointe offrant un maximum de stabilité et de puissance pour les fonctions de routing, des canaux et de mixage, plus un moteur DSP HDX pour le traitement des plug-ins AAX embarqués.

Le système d’exploitation temps réel RTX, la réponse au besoin de vitesse

Après avoir envisagé diverses possibilités de moteurs de traitement, l’équipe a opté pour le système d’exploitation temps réel (RTOS) RTX d’IntervalZero, basé sur des processeurs Intel, pour gérer les fonctions centrales du mixeur de la S6L. Atteindre le nombre de canaux et la puissance de traitement spécifiés dans le cahier des charges de la S6L aurait été tout simplement impossible avec des DSP standard, ou même des FPGA. Ces approches auraient non seulement été trop coûteuses, mais elles auraient également rendu difficile toute évolution du moteur à l’avenir.

Grâce à une architecture basée Intel, le moteur peut bénéficier des dernières avancées technologiques en matière de processeurs. De plus, leur rythme de développement est bien supérieur par rapport aux solutions DSP ou FPGA en termes de vitesse de processeur, de performances et de consommation. Cette architecture permet d’obtenir les meilleures performances possibles, tout en tirant profit des derniers investissements et progrès du leader mondial du marché des processeurs. Elle prépare aussi le moteur E6L pour l’avenir, critère primordial dans un paysage technologique en perpétuelle évolution. Enfin, la simplicité d’évolution est mise en avant avec deux variantes de moteur disponibles : E6L-144 et E6L-192. Vous pourrez choisir la version la plus adaptée à vos besoins actuels, tout en comptant sur ses capacités d’extension.

Le RTOS RTX est une plateforme éprouvée et utilisée dans de nombreuses industries critiques comme l’aérospatiale, la défense, l’automatisation industrielle et les applications médicales. En adoptant le RTOS RTX, Avid bénéficie de l’expérience du développement considérable et des standards de qualité élevés d’IntervalZero, sans avoir à concevoir intégralement un environnement Linux ou à gérer les challenges associés. Le RTOS RTX fournit un contrôle, une fiabilité et une stabilité exceptionnels, ainsi qu’une grande flexibilité de routing avec une large gamme de sources et de destinations, dont le moteur de plug-ins HDX parallèle de l’E6L, Pro Tools pour l’enregistrement et la lecture, divers formats réseau et d’E/S, ainsi que les processeurs externes.

 

Le plug-in compresseur/limiteur Avid Smack!, un des nombreux plug-ins AAX DSP fonctionnant en natif sur le moteur HDX de l'E6L

Un moteur HDX dédié aux plug-ins pour une puissance de mixage supérieure

Depuis la sortie du système Avid D-Show en 2005, les consoles VENUE sont les seules à prendre en charge l’exécution des plug-ins en natif, sans matériel de traitement externe. Cette approche offre non seulement une intégration hors pair avec la surface de mixage et le logiciel VENUE, mais elle permet aussi d’exploiter un nombre impressionnant de plug-ins Avid ou tiers, les mêmes plug-ins de référence utilisés sur d’innombrables sessions Pro Tools. Et le système S6L s’inscrit dans la même lignée, même si son moteur E6L est, lui, très différent.

Fonctionnant en tandem avec le moteur RTX, l’E6L est également doté d’un moteur de plug-ins HDX évolutif, intégralement dédié à la gestion des traitements AAX. Quelle que soit la taille ou la complexité des productions, vous êtes ainsi assuré de toujours conserver un niveau de performances optimal. Selon vos besoins en puissance de traitement, il est possible d’installer jusqu’à quatre cartes HDX sur un même moteur E6L.

Rack de plug-ins VENUE

Le système est compatible avec la dernière génération de plug-ins AAX DSP 64 bits, pris en charge nativement par le moteur de plug-ins HDX. Extrêmement robuste, cet environnement DSP déterministe à faible latence et précis à l’échantillon est optimisé pour le live et étroitement intégré avec le moteur RTOS RTX par l’intermédiaire de pilotes bas niveau. L’environnement applique également une compensation automatique du délai pour tous les plug-ins, garantissant une totale précision de phase et éliminant tout calcul manuel du délai de compensation des décalages temporels.

Les plug-ins sont eux aussi entièrement intégrés au logiciel VENUE, et l’automation de tous leurs paramètres est rendue possible grâce aux Snapshots stockés dans les fichiers Show VENUE. Même les opérations de mixage les plus complexes deviennent faciles et rapides à réaliser. Autre avantage non négligeable : vous pouvez transférer vos réglages de plug-ins d’un système VENUE à un autre à l’aide d’une simple clé USB.

VENUE | E6L

Panneau arrière du moteur E6L

La conception matérielle du moteur E6L

Les phases de développement et de conception du moteur E6L ont donné lieu à d’innombrables réflexions et échanges d’idées. Notre équipe a commencé par étudier tous les éléments qui ont donné satisfaction sur nos systèmes précédents, ceux qui n’ont pas fonctionné aussi bien que nous l’avions espéré, sans oublier les atouts des systèmes d’autres fabricants. Elle a également échangé avec la communauté d’utilisateurs VENUE pour bénéficier de son expérience collective et de ses connaissances, puis exploité ces précieuses informations pour la conception du nouveau moteur. Notre propre équipe du Service client a contribué en partageant l’expertise acquise à travers l’assistance délivrée aux clients VENUE, en identifiant les problèmes éventuels, les challenges et les points d’amélioration possibles. Toutes ces données ont ensuite été prises en compte dans le processus de conception.

Le plus grand soin a été apporté à l’optimisation et au renforcement des composants du moteur, de la façon dont les cartes sont montées jusqu’à la manière dont elles s’insèrent, s’installent et s’enlèvent, en conservant un câblage interne aussi logique que possible. Chaque moindre détail a été minutieusement étudié, y compris la méthode d’accès à l’intérieur de l’unité : il suffit de desserrer quatre vis à main, d’ouvrir un tiroir coulissant, et le tour est joué. Il est même possible de retirer l’unité complète du châssis et de la placer sur un espace de travail plus accessible pour éviter d’avoir à vous contorsionner à l’intérieur du rack, équipé de votre lampe frontale. Rien n’a été laissé au hasard : le châssis est équipé de vis imperdables. Impossible de laisser tomber une vis dans les entrailles du moteur. Tout est monté avec des vis à main, inutile d’emmener votre boîte à outils avec vous pour accéder au moteur.

L’alimentation du moteur E6L a été conçue sur le modèle de la redondance N+1, avec les mêmes modules que sur la surface de contrôle S6L. Cette standardisation des modules d’alimentation permet de réduire le nombre de modules de secours nécessaires et d’intervertir librement les alimentations des composants en cas d’urgence.

Cette redondance a été appliquée à la totalité du système. Le moteur est doté de ventilateurs redondants qui assurent le refroidissement de l’unité et permettent de travailler dans les conditions de température les plus exigeantes. Deux connexions redondantes sont également présentes pour la liaison avec des racks d’E/S Stage 64 via des câbles Cat5e et/ou fibre.

Modules d'alimentation échangeables à chaud

Carte HDX pour les traitements de plug-in. Des cartes supplémentaires peuvent être installées pour davantage de puissance

Rester « cool » sous la pression

Le moteur E6L et la surface de contrôle S6L ont été conçus pour ne jamais franchir un niveau de bruit NC20 quasiment inaudible, ce qui permet d’utiliser le système dans les environnements les plus silencieux. Le principal challenge à relever tenait dans la conception du système de refroidissement, étant donné la puissance significative requise par la carte mère de classe Haswell et les nombreuses options d’extension du système, capable d’accueillir jusqu’à quatre cartes HDX, trois cartes réseau et huit cartes optionnelles supplémentaires.

L’équipe a résolu les problèmes thermiques en concevant une architecture qui permette d’utiliser des ventilateurs moins rapides, et surtout en moins grand nombre. Ils ont donc optimisé les profils des ventilateurs afin qu’ils tournent moins vite, installé un énorme radiateur pour dissiper efficacement la chaleur, et privilégié des alimentations passives sans ventilateur. Au final, le bruit généré par le moteur est pratiquement imperceptible dans des conditions de température standard.

Enfin, si vous accordez de l’importance aux dimensions du système, vous serez ravi d’apprendre que l’équipe a réussi le tour de force de loger une telle puissance (plus de 300 canaux de traitement et 200 slots de plug-ins avec le moteur E6L-192) dans à peine la moitié de la taille (seulement 5 unités de rack) et du poids (27,5 kg) du Rack FOH VENUE actuel.

La qualité et la puissance ne sont pas forcément synonymes de grandes dimensions…

VENUE | S6L

La VENUE | S6L sera bientôt disponible

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L’envers du mix: Anastacia

Le Resurrection Tour 2015 marque le retour sur scène d’Anastacia, et son message est sans ambiguïté : « la seule chose qui importe, c’est la musique ». Accompagnée par un groupe de musiciens chevronnés, Anastacia délivre un mix énergique de soul, de pop et de rock dans un show mémorable ou elle égraine tous ses plus grands hits, enchaînant titres électro up-tempo, missiles rock et ballades intimes.

Après avoir travaillé avec de nombreux artistes dont Amy Winehouse, Patty Smith et Corinne Bailey-Rae, l’utilisateur de longue date des consoles VENUE Gérard Albo est en charge du son façade sur la tournée d’Anastacia.

Selon lui, « Le plus gros challenge, c’est d’arriver à restituer la dynamique du groupe et à maîtriser la voix puissante d’Anastacia. Et la S3L-X fait des merveilles : le son et la plage dynamique sont tout simplement incroyables. »

Dans cette vidéo L’envers du mix, Gérard Albo livre les secrets de production de la tournée Resurrection Tour d’Anastacia et partage l’approche et les techniques qui lui permettent de mixer une artiste aussi dynamique grâce à la VENUE | S3L-X.

L’envers du mix d’Anastacia – 2e partie

Inscrivez-vous pour accéder à la 2e partie où vous pourrez suivre Gérard Albo sur scène pour passer en revue l’ensemble des sources et des micros, et l’écouter mixer un des plus grands hits d’Anastacia, ‘Sick and Tired’. 2e PARTIE




En tournée avec Massive Attack : Une bonne claque

C’était la fin d’un été de folie à parcourir l’Europe pour assurer le mixage façade de Massive Attack avec la S3L (lisez les 3 articles précédents si ce n’est pas déjà fait !). Je ne me souviens pas m’être autant amusé derrière ma console. Notre tout dernier concert s’est déroulé dans le quartier londonien de Blackheath. Britannia Row, avec qui je travaille depuis 25 ans, nous a installé un système de diffusion K2, qui sonnait super bien dès le départ, comme on s’y attendait. C’est Grace Jones qui a fait la première partie. Elle était géniale, avec son style glamour des années 80, ses changements de costumes et ses messages surréalistes entre les chansons. Le groupe jamaïcain qui l’accompagnait a assuré et leur son était très bon, leur mixeur utilisait une Profile. J’ai “Slave to the Rhythm” dans la tête depuis…

On Tour with Massive Attack: Giving a Good Slap

“Une bonne claque”

On ne finit jamais une tournée sans éprouver de sentiments mitigés. On se sent triste de quitter ses camarades de tournée, mais heureux de retrouver ses proches. Adieu les lits superposés à l’arrière du bus. On repense à ce qu’on aurait pu faire mieux, à ce qui a bien marché. Et au final, le bilan est bon. J’ai reçu un mail d’un collègue ingé son français à propos de l’audio, qui disait :

“MASSIVE ATTACK met une bonne claque partout où il passe”

Si ça veut dire que nous avons surpris, dérouté et poussé les gens à revoir leurs idées préconçues sur l’audio, alors nous avons bien fait notre travail. Si ça porte sur le show dans son ensemble, je pense que 3D, Daddy G et le groupe seraient eux aussi contents d’entendre ça. Partout où nous sommes allés, mes collègues de la sphère audio et le public étaient étonnés par la petite taille de la S3L, sa plage dynamique et le nombre de sons qu’elle est capable de produire. Pendant un concert, un gars du public m’a demandé : “Tout ce son sort de cette petite console?”

On Tour with Massive Attack: Giving a Good Slap

Le concert d’avant Blackheath était à Paris pour la “Fête de L’Huma”. 80 000 personnes, notre plus grand public cet été, dansaient, agitaient leurs drapeaux et dégustaient des plats et vins régionaux à prix coûtant dans la bonne humeur. L’entrée pour tout le week-end coûtait seulement 20 euros ! Ça montre bien le type de festival qu’on peut avoir quand on travaille tous ensemble. Nous avions un énorme système K1 pour la diffusion, parfaitement installé par Potar Hurlant, une grande société de location française. C’était génial de revoir Madje, leur directeur technique et célèbre passionné d’audio qui mixe de grands artistes français comme Air et Yael Naim. Il avait hâte de voir la S3L en action et compte l’emmener avec lui pour sa prochaine tournée.

La vidéo

Au fil de la tournée, de l’Islande au nord au Liban au sud, et à chaque endroit où nous nous sommes arrêtés, nous avons réalisé une vidéo pour en filmer les coulisses : ce qui se passe sur scène, certains aspects techniques, comme les plug-ins, timecodes, etc. J’y parle aussi de mon approche générale du mixage de Massive Attack. Je dois vous prévenir que le vieux roadie aux cheveux gris à l’écran, c’est mon père. Moi je suis beaucoup, beaucoup plus jeune, plus mince et mes cheveux sont plus foncés.

On Tour with Massive Attack: Giving a Good Slap

Donc, qu’est-ce que j’ai appris pendant cette tournée ?

  1. La taille ne fait pas tout !
  2. Je travaille dans un milieu plein de gens adorables et d’excentriques.
  3. C’est au Liban qu’on trouve le meilleur houmous et le meilleur taboulé au monde !
  4. Mélanger fruits de mer et rhum brun est une mauvaise idée.
  5. L’Islande ne ressemble à aucun autre pays.
  6. Les systèmes de diffusion de d&b et de L’Acoustic (et presque tous les autres) d’aujourd’hui sont exceptionnels.
  7. Statistiquement, si vous jouez au foot, vous avez plus de chance d’être mordu par un Suarez que par un requin.

 

Et concernant ma question de départ:

Comment la S3L, mon obsession centrale de ces 4 dernières années, s’en sort-elle dans le monde réel ? Eh bien, elle même réussi à me surprendre, moi, et tous ceux que j’ai rencontrés aussi, par la manière dont elle réinvente radicalement ce à quoi doit ressembler une console, quel doit être son poids, comment elle doit fonctionner, sonner etc. Des champs de boues sous la pluie aux chaleurs insupportables, elle a toujours fonctionné.

Certains roadies locaux, même après leur avoir dit d’y faire attention, l’ont remuée dans tous les sens, faite tomber et traînée sur près de 100 mètres de pavés… Elle a été soulevée par une grue à 30 m au-dessus des remparts médiévaux du château de Carcassonne, transportée par avion sur des vols commerciaux et charter, emmenée sur une remorque à travers les montagnes, elle a été sur des bateaux, des trains et tous les moyens de transport possibles et imaginables (sauf les chameaux, ça ce sera pour la prochaine tournée !) À la fin de la tournée, les flight-cases avaient l’air d’avoir fait la guerre mais chaque jour, ma console faisait parfaitement son travail, donnait un son digne des plus grands studios, enregistrait dans Pro Tools et suivait le code.

On Tour with Massive Attack: Giving a Good Slap

On Tour with Massive Attack: Giving a Good Slap

On Tour with Massive Attack: Giving a Good Slap

Une nouvelle version du système d’exploitation, VENUE 4.5, vient de sortir, avec plein de nouvelles fonctionnalités incroyables et un système exceptionnel de partage des préamplis, et de suivi du gain. J’ai hâte de la pousser encore plus loin dans ses retranchements, au Mexique et aux États-Unis en octobre. Si vous êtes dans le coin, passez dire bonjour ! Sinon, laissez-moi un message ou retrouvez-moi sur LinkedIn.

MERCI (avec une petite larme)

J’aimerais remercier mes deux potes de tournée, Paul Hatt et Oliver Twiby (Gizmo). Je n’ai jamais fait partie d’une équipe aussi bien assortie. Voici une super photo d’eux.

On Tour with Massive Attack: Giving a Good Slap

Comme je le dis toujours, “dans l’audio, tout est dans la source”, et sur Massive Attack nous avons trois grands backliners, donc la source est toujours parfaite. Il y a Nick Sizer, à la batterie, qui mériterait un titre aristocratique si l’on en distribuait pour récompenser les meilleurs roadies, car c’est un vrai gentleman avec un sacré humour. Puis il y a Jez, le petit génie de la guitare et le mec le plus charmant du milieu du rock, et enfin Henry, maître incontesté du MIDI, qui prépare également des sauces épicées à ses heures perdues, qui ont enflammées mes papilles tout l’été. Vous devez absolument goûter sa sauce FOH (rien à voir avec Front Of House !)

Je voudrais aussi remercier Icarus, le concepteur vidéo, un homme si intelligent qu’on consultait l’”Icari-pédia” tous les jours, Tim le concepteur lumière qui avait toujours une cigarette à dépanner pour l’équipe audio “non-fumeur” et Euan, génie de Pro Tools qui sourit tout le temps.

On Tour with Massive Attack: Giving a Good Slap

Paul Hatt et Gizmo

On Tour with Massive Attack: Giving a Good Slap

Merci aussi à Benny et à David qui ont géré la tournée, à mi-chemin entre un voyage organisé pour personnes âgées et un exercice militaire, et bien sûr à Massive Attack, qui restent les artistes les plus extraordinaires, talentueux, stimulants et sympa avec qui il m’a été donné de travailler.

Et merci à vous d’avoir suivi mes aventures avec Massive ces dernières semaines via Avid Blogs, j’espère que ça vous a plu et j’aimerais avoir de vos nouvelles !




En tournée avec Massive Attack : Pour le meilleur et pour le pire

Cet article est le troisième de la série, En tournée avec Massive Attack de Robb Allan. Robb partagera son expérience à la fois en tant qu’ingénieur façade et membre de l’équipe Live Sound d’Avid.

Glastonbury

Glastonbury, c’est le meilleur festival du monde : meilleur public, meilleure programmation, meilleure vibe et une folie humaine qui atteint des profondeurs incroyables. C’est le meilleur de l’imagination, de la folie et du génie.

Et puis il y a aussi la boue qui pue et qui s’accroche à vos chaussures et à vos vêtements comme si elle avait l’obsession perverse de ne jamais vous quitter, qui se fraye un chemin dans les plus petits recoins de votre matériel et de vos vêtements pour s’y cacher et ne réapparaître que quelques jours plus tard. Son odeur forte et écœurante vous rappelle immédiatement le meilleur, ou le pire, de votre été.

On Tour with Massive Attack: It Was the Best of Gigs, It Was the Maddest of Gigs

Photo de twak / CC BY 2.0

J’adore Glastonbury, sauf les deux moments où je dois passer du niveau de civilisation et du confort relatif de la scène à mon poste en façade, à travers les tranchées apocalyptiques tout droit sorties de la première guerre mondiale que le public doit endurer. Vous allez dire que j’exagère (et c’est ma spécialité, c’est vrai) mais cet aller-retour pour le check ligne et le concert est toujours un moment épique. Je ne sais pas comment les gens font pour passer des jours et des jours là, dans des tentes… Incroyable.

Je ne sais pas pourquoi, mais on m’avait passé des bottes, chacune de tailles différentes, l’une parfaite et l’autre trop grande. Je pense qu’un autre mec devait lui aussi avoir des chaussures dépareillées. J’ai demandé autour de moi, mais je n’ai pas trouvé l’autre victime. Je n’arrêtais pas de penser que j’allais perdre ma botte droite dans cette boue dévastatrice. J’ai dû marcher en cercles dans la boue, en dessinant une sorte de crop circle.

La seule console à l’épreuve de la boue

J’ai mis un bout de temps à atteindre mon poste en façade. Avant, il m’arrivait d’avoir recours à des chariots élévateurs et autres pour installer ma console. J’arrivais très tôt, beaucoup trop tôt, avant le public, et je restais là à regarder un conducteur de Manitou et des gaillards avec des petits yeux mettre ma console en place. Ensuite, j’attendais pendant des heures, pendant que le reste du crew prenait une douche, faisait la fête et buvait des coups, jusqu’à ce que la foule se disperse pour que mes amis et leurs chariots remettent mon matériel dans la baie de chargement. Mais pas cette fois, alléluia ! Nous sommes arrivés et alors que j’avançais tant bien que mal vers la façade, quatre gars ont porté mon matériel, en un seul voyage ! La S3L est officiellement la seule console à l’épreuve de la boue.

On Tour with Massive Attack: It Was the Best of Gigs, It Was the Maddest of Gigs

Les super gars de Skan PA avaient pensé à laisser un espace à l’avant de l’estrade pour poser ma console. C’était très sympa de leur part et ma console était si compacte que j’aurais pu y installer un canapé, des chaises, une table basse et même une télé. La prochaine fois. Alors que j’installais mon support de clavier pour y poser ma S3L, j’ai entendu les réflexions habituelles des roadies, sur deux thèmes : “Tu es le pianiste de salon ?”, “Tu sais jouer Summertime ?”, “Tu fais des mariages aussi ?” etc. Et puis il y avait aussi les rires à propos de sa taille compacte, je faisais semblant de ne pas comprendre ou je donnais ma réponse habituelle : le rapport inversement proportionnel entre la taille et la performance. Mais plus sérieusement, la console suscitait beaucoup de curiosité et un flot constant d’amis et connaissances ingénieurs du son faisait le détour exprès pour venir la voir et jouer un peu avec. Une fois que les rires se sont tus et qu’ils n’ont plus trouvé de vannes, j’ai commencé à faire mes raccordements et j’ai discuté avec Matt Vickers et Tom Tunney, le concepteur système et le chef façade, tous deux de Skan. Ils étaient super sympa et conciliants. Je me souviens que quand j’étais jeune, j’étais très intimidé les premières fois où j’ai mixé dans de grands festivals. En ce temps-là, les gens étaient plus blasés, plus cyniques et moins accueillants. Ils questionnaient la légitimité de votre présence. Ils avaient pour habitude d’inscrire une note, de 1 à 10, aux mix sur la liste des groupes qui s’étaient produits… avant même que vous ne partiez ! J’ai vu des gens quitter la tour façade en ravalant des larmes d’indignation et d’humiliation.

Je ne sais pas si c’est parce que je suis plus âgé (je vois toujours le mot vétéran attaché à mon nom), ou si les plus jeunes sont mieux dans leurs baskets, mais l’atmosphère est beaucoup plus agréable aujourd’hui. Les gars de Skan avaient un super canapé, ils m’ont offert à boire et m’ont traité comme un invité. Je les en remercie.

Nous avions fait le voyage pendant la nuit depuis le Luxembourg, donc je n’avais pas eu le temps de faire mon Virtual Soundcheck habituel : j’étais dégoûté. Ça me semble tellement essentiel maintenant, je ne me souviens plus de la dernière fois que j’ai mixé sans. Le festival battait son plein à notre arrivée donc c’était impossible. Mais en écoutant le puissant J-Series d&b utilisé par les groupes précédents, je me suis dit que mon show serait bon. Quand on se dit qu’Avid a inventé le Virtual Soundcheck il y a moins de 10 ans… C’était il y a très peu de temps, mais cela a fondamentalement changé notre manière de travailler dans le son live, et sans lui, je me sens un peu désarçonné.

Et au passage, le festival que nous avions fait juste avant au Luxembourg avait eu lieu dans un couvent nouvellement reconverti en centre d’art. Depuis la scène, on avait une super vue sur un château perché sur une falaise. Les gens du coin nous ont raconté un truc glauque à propos du couvent. Au cours des travaux de restauration, ils ont abattu quelques murs et ont trouvé des squelettes de bébés datant de différentes époques. Gothique, non ?

On Tour with Massive Attack: It Was the Best of Gigs, It Was the Maddest of Gigs

Photo de Eduardo / CC BY-SA 2.0

Mixage du show

Pour en revenir à mon PA de Glastonbury, la scène Other Stage peut accueillir un public de 40 000 à 50 000 personnes et pour notre show, ils étaient tous là. Le système d&b J-Series couvrait bien tout ce monde là : 20 sur chaque côté sur des suspensions principales et 14 sur des suspensions latérales, avec un groupe de subs constitué de J-SUB et J-INFRA montés en cardioïde dans la fosse. Je suis allé patauger dans la boue de la fosse pour vérifier, et ça me semblait très uniforme et suffisamment étendu. J’avais été déçu dans d’autres festivals par une couverture des basses un peu maigre, mais je n’avais pas ce problème ici.

Le système a été conçu pour que tout le son soit dirigé vers la foule car il y a des limites de bruit assez strictes hors-site. Je ne le fais que très, très rarement, mais je leur ai envoyé un e-mail après coup pour les féliciter de leur système. Leur réponse était très flatteuse, ma modestie m’empêche de la partager avec vous (eh oui, tout arrive !). Au final, nous étions tous très contents du mariage entre la S3L et la J-Series. Cet été, j’ai mixé sur des K1, J et Adamson et j’ai eu de super résultats avec tous. Si on me mettait un flingue sur la tempe et qu’on me forçait à choisir, je dirais que la J-Series était ma préférée. Les baffles sont de mieux en mieux. C’est tellement agréable de rappeler une chanson pour le Virtual Soundcheck, généralement je prends Paradise Circus, de démuter les canaux et d’entendre exactement ce qu’on voulait entendre dès le départ. À Glastonbury, je n’ai même pas eu la chance de faire ça. J’ai démuté les canaux et croisé les doigts pour que la préparation que j’avais faite soit la bonne et que je ne passe pas pour un nul devant tous mes confrères et les 50 000 fans de Massive Attack.

Les gens me demandent souvent si je suis stressé avant un show. Bien sûr que oui. Si vous n’êtes pas un peu stressé, c’est que vous vous en fichez et que vous devriez sûrement penser à vous réorienter. Le premier morceau a démarré et tout était déjà nickel. J’ai pu me détendre et apprécier. Tom est venu me voir et m’a dit que j’avais de la réserve de gain. J’ai dit merci mais ça risque de grimper. Le niveau de bruit était limité à 100 dBA Leq sur 60 minutes. Le premier morceau était dans les 95 dbA. Je gardais un peu du niveau Leq moyen pour plus tard. Angel est monté à 106 mais en général, j’ai réussi à rester juste en dessous de la limite pour mon show.

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Ça a grimpé de plus en plus et la foule bougeait et dansait, les gens se montaient sur les épaules, chantaient en chœur et agitaient leurs drapeaux et bannières. Il y avait un magnifique coucher de soleil derrière moi au début du show, qui ajoutait à la magie de la soirée. La console a parfaitement fait son travail. Les snapshots ont été déclenchés avec le code, ce qui m’a permis de me concentrer sur le mixage. J’ajoutais des delays et des reverbs de caisse claire dub pour faire évoluer chaque morceau. Massive Attack fait des changements d’orchestration radicaux, qui donnent un résultat très musical. Parfois les morceaux montent en volume et en complexité puis tout redescend subitement avec un petit thème de synthé ou un tintement de cloche. J’essaie de mettre en avant les aigus, par exemple en exagérant certaines des fréquences agressives de la guitare, et de rehausser les passages plus calmes en ajoutant un petit détail comme des cloches qui se déplacent dans l’image stéréo, en mutant tous les autres micros d’ambiance. Tout est joué live et le groupe joue tellement en place que chaque moment un peu plus enlevé est parfait. J’ai mixé plusieurs fois à Glastonbury, mais c’est cette fois-là que j’ai préférée en termes de sonorisation et de mixage.

On Tour with Massive Attack: It Was the Best of Gigs, It Was the Maddest of Gigs

Après le show, nous sommes passés près de Stonehenge au lever du soleil, ce qui a ajouté au ressenti quelque peu mystique de cette expérience Glastonbury. Même un vieux roadie cynique comme moi doit l’avouer : on n’en sort pas sans ressentir quelque chose de surnaturel. Ça m’a rappelé mes meilleurs souvenirs de mixage et mes concerts les plus fous.

Mes 4 meilleurs concerts

4. Concert de lancement de la Coupe du monde, Afrique du Sud 2010

Nous avions 12 consoles Avid mixant la façade, les retours et la diffusion. Une super programmation : Shakira, Black Eyed Peas, etc. Une atmosphère particulière, des changements très courts et 2 milliards de personnes qui regardaient à la télé. Beaucoup de cris, et l’équipe Britannia Row était géniale. Mon partenaire Chris Lambrechts et moi étions aux consoles, on mixait les groupes, on courait partout pour aider les gens à programmer les shows, à charger des plug-ins. On n’a pas dormi pendant une semaine. Je n’ai jamais été aussi fatigué.

3. Manic Street Preachers – Tête d’affiche de la Pyramid Stage, Glastonbury 1999

Il y avait 250 000 personnes à Glastonbury cette année-là. Je suis prêt à parier qu’ils étaient tous là pour le concert des Manics. Il y avait un océan de drapeaux et des gens jusqu’en haut de la colline. Certains inconditionnels de Glastonbury m’ont dit qu’ils n’avaient jamais vu autant de gens sur la scène Pyramid en même temps. C’était même un week-end ensoleillé, si, vraiment ! Bryan Leitch, notre éclairagiste, avait installé un énorme système laser à système de refroidissement à l’eau et avait projeté un plafond de lasers vert qui couvrait toute la foule. Ça donnait des frissons. Chaque spectateur chantait Design for Life et If You Tolerate This comme si sa vie en dépendait.

2. Coldplay – Live 8, Hyde Park 2005

200 000 personnes réunies à Hyde Park pour une programmation comprenant The Who, Pink Floyd, Madonna et U2. No stress. Je jouais dans la cour des grands. Je mixais sur une console que je ne connaissais pas et U2 avait utilisé tout notre temps de balances, mais tout s’est bien passé. Richard Ashcroft était invité par le groupe et ils ont joué Bitter Sweet Symphony ensemble : un moment magique. Ensuite, Chris a chanté une magnifique version de Fix You et puis c’était fini. Il n’y avait que 4 morceaux, mais c’était un concert historique, vraiment génial.

1. Manic Street Preachers – Millennium Stadium, Cardiff 1999/2000

La nuit du passage à l’an 2000 au nouveau stade de Cardiff, la ville d’origine des Manics. 80 000 fans gallois des Manics en folie. Quand le groupe est monté sur scène, le public a crié tellement fort qu’un vent chaud qui sentait la bière s’est échappé de leurs bouches et est parvenu jusqu’à mon poste en façade, où il faisait froid. Ça m’a donné des frissons dans le dos et j’ai failli être submergé par l’émotion. Ces trois gars avec qui j’avais partagé la conduite d’un van pour aller jouer dans des pubs. On avait vécu tant de choses ensemble, y compris une perte atroce, je les aimais comme des frères et là, ils étaient bercés par une vague d’enthousiasme, d’énergie et de fierté énorme, et revenaient jouer pour leurs concitoyens lors d’une soirée si spéciale. Je ne l’oublierai jamais.

On Tour with Massive Attack: It Was the Best of Gigs, It Was the Maddest of Gigs

Mes 2 concerts les plus fous

2. Manic Street Preachers, Bangkok 1994

Nous devions jouer deux soirs dans un espace gigantesque et vide, un centre de conférences, au 5e étage d’un centre commercial de Bangkok. Le premier groupe de rock à jouer là. Elton John y avait donné un concert assis une fois, apparemment. L’installation avait été un peu folle ; nous avions envoyé très peu d’équipement par avion, car c’était trop cher et trop compliqué. Pour la basse, on avait un Marshall 4×12 complété par un sub. Le système de diffusion qu’on avait reçu du Japon était à peine viable. On a improvisé au fur et à mesure. La seule chose qui manquait était un sampler Akai dont on avait besoin pour les cordes. Le manager local n’arrêtait pas de dire : “Arriver bientôt, là dans une heure”. Le deuxième jour, une heure avant l’ouverture des portes, j’ai perdu patience et demandé ce qui se passait vraiment. Le bonhomme a fondu en larme et dit : “Désolée, il n’y en pas un seul dans toute la Thaïlande”.

Je lui ai demandé : “Mais pourquoi vous ne me l’avez pas dit ?”

Il a répondu : “Parce que je ne voulais pas vous faire de peine”.

J’ai trouvé ça beau et je n’ai pas cherché plus loin. Il préférait retarder la nouvelle et rester vague pour m’éviter l’inévitable tristesse.

Il n’y avait aucune barrière de sécurité devant la scène. Ils nous ont dit qu’ils n’en avaient pas mis pour Elton et de ne pas nous inquiéter. “Vous savez que vous avez affaire à un groupe de punk, hein ?” Le concert a commencé et 10 000 jeunes thaïs sont devenus fous, comme s’ils pouvaient enfin, pour la première fois, laisser les démons du rock s’emparer d’eux. Au bout de huit mesures, la scène était pleine de punks thaï qui pogotaient et pétaient les plombs. Ils sautaient dans la foule, surfaient les uns sur les autres, se jetaient les uns contre les autres en criant, etc. Une vraie pagaille. J’ai adoré, le groupe était génial, ils tournaient sur eux-mêmes, sautaient, donnaient tout ce qu’ils avaient. Je n’ai jamais vu ça.

Plus tard, on nous a dit que les sauts simultanés des spectateurs avaient fait s’écrouler le plafond de l’aire de restauration qui se trouvait juste en dessous du concert. Ils avaient dû évacuer le bâtiment. Nous avons rencontré la police, le maire, le promoteur et d’autres responsables. Au final on a eu l’autorisation de jouer un deuxième concert. Ils ont dû soutenir le sol avec des étais et faire appel à l’armée pour assurer la sécurité. Ces mecs avaient des AK47 et des aiguillons. Ils m’ont dit que si les choses tournaient mal, je devrais baisser le volume. Deptford John a dit : “Qu’est-ce que tu feras, Button, s’ils te demandent de baisser le volume ?” J’ai répondu : “John, ils ont des mitrailleuses et des instruments de torture, je ferai exactement ce qu’ils me diront de faire !”

Le concert commence, et immédiatement des courageux se mettent à faire du crowd-surfing, sauf que cette fois-ci, il y a une rangée de petits (mais costauds) marines thaï devant la scène. À chaque fois que quelqu’un surfait jusqu’à la scène, il était arrêté par les aiguillons, emmené et déposé, tressaillant, sur le côté de la scène, ayant perdu tout contrôle de son corps. Un gros bazar. À la fin de la soirée, il y avait une centaine de punks thaïs allongés à côté de la scène dans des états de déchéance plus ou moins avancés. Pas de dommages à long terme, je pense. La plupart avaient juste besoin d’un nouveau jean. Il y a eu un moment étrange au beau milieu du concert, quand Nicky Wire, fidèle à lui-même, a dit quelque chose d’un peu insultant sur le roi. La foule a pris une grande inspiration et s’est tue complètement ! Un silence de mort. Plus tard, nous avons découvert que le roi était considéré comme un demi-dieu, même par les punks, et que Nicky les avait profondément choqués, plus que les aiguillons, les coups qu’ils s’infligeaient eux-mêmes et tout le reste.

 

1. Manic Street Preachers – Teatro Karl Marx, La Havane, Cuba 1994

Vous en avez peut-être entendu parler, je ne sais pas combien de fois je l’ai racontée. Les Manics, il n’y avait qu’eux pour faire ça, ont décidé de jouer à Cuba, par solidarité et pour voir ce qui s’y passait. La maison de disques ne voulait pas être impliquée donc ils ont tout payé de leur poche. Ce n’était pas rien, car aucun groupe de rock occidental n’avait jamais joué là avant, et c’était même annoncé sur CNN.

Nous, on voyait les choses différemment en tant que roadies. On a dû tout amener avec nous. Absolument tout. Il n’y avait rien sur place pour monter un concert. Nous avons utilisé un jet privé pour transporter tout le petit matériel, mais les stacks d’enceintes et les racks, les systèmes d’accroche, les lumières, etc. ont été envoyés par bateau. Le matériel venant de l’aéroport est arrivé à temps, mais le conteneur transportant le reste a rencontré du mauvais temps et le navire ne pouvait pas s’amarrer à cause des récifs. Nous avons installé ce que nous avions à disposition. Tout ce qu’on voulait, c’était du 100 A triphasé et quelques bras pour nous aider à déplacer le matériel.

L’alimentation : chaque phase était constituée de 20 pièces de câble de 5 A dénudés au bout et enroulés ensemble. Quand nous avons expliqué que ce n’était pas tout à fait ce à quoi on avait pensé pour la distribution, on a eu une autre surprise. Afin de nous donner assez d’électricité pour alimenter le show, il fallait qu’ils coupent le courant d’une grande partie de La Havane. Mais c’était un problème hypothétique, puisque l’équipement était coincé au large du port, en proie à une mer déchaînée. Nous avons décidé d’arrêter là pour la soirée et de revenir le lendemain pour voir où nous en étions. Le lendemain, toujours aucun signe du navire. Et le jour suivant, pareil.

Nous nous sommes réveillés le jour du concert avec une bonne nouvelle : le navire était amarré et le système de diffusion était en chemin. Super, nous nous sommes précipités à la salle puis nous avons attendu quelques heures. Ils sont enfin arrivés, dans de vieux camions-bennes. Les gars de l’équipe locale, qui avaient l’air un peu trop rasés de près et trop militaires pour être vraiment l’équipe locale (la police secrète ?), ne semblaient pas s’intéresser le moins du monde au déchargement des camions. Je parlais un peu espagnol et j’ai essayé d’expliquer que normalement, ça faisait partie de leur travail d’aider à porter le matériel. Ils ont répondu qu’ils allaient juste rester assis là à l’ombre à fumer des cigares, OK ? Oui, OK, rien d’ambigu à cela. Nous avons dû charger tout le matériel nous-mêmes. Il faisait 40°C et il y avait beaucoup d’humidité dans l’air. Et bien sûr, pas de climatisation. C’était avant ma conversion au numérique, quand nous devions porter mon énorme console analogique et des racks d’effets jusqu’à mon poste de façade situé en haut d’un million de marche. Qu’est-ce qu’on a transpiré ce jour-là ! Enfin, on a fini par y arriver, je ne sais comment. Tout était à même le sol, même l’éclairage. Nous avions juste assez d’électricité pour les alimenter l’un après l’autre.

Un gamin est arrivé dans l’après-midi et a demandé s’il pouvait jouer de la guitare. Il a expliqué qu’il adorait le rock mais n’avait pas les moyens de s’acheter une guitare électrique : il n’avait qu’une guitare acoustique et il voulait essayer la guitare électrique, juste une fois. Deptford était parti pour le mettre dehors mais James a dit non, laisse-le jouer. Il n’avait jamais vu tous ces amplis, toutes ces pédales et son visage s’est éclairé. Puis James a mis sa Les Paul autour du cou du gamin et il a souri de toutes ses dents. Des dents très blanches, par ailleurs, car le système de soins dentaires est excellent à Cuba, mais il n’y a pas de guitares électriques. Le premier accord a failli le faire tomber en arrière, à cause de la puissance des amplis. Ça reste l’ampli de guitare le plus fort que j’aie jamais entendu. Enfin bref, il a joué du plus profond de son cœur et c’était une expérience très intense. Il n’est pas parti les mains vides, je vous le dis, et maintenant il y a au moins une guitare électrique à Cuba.

On a terminé nos balances, enfin, ce qu’on a pu faire, et on a regardé la foule entrer. La salle Karl Marx est la plus grande de Cuba et peut accueillir 5 000 personnes. La jeune foule portait des bannières et des drapeaux et était très excitée. Le public du premier concert de rock joué dans leur pays. Les billets coûtaient 25 cents ! C’est à ce moment-là qu’on a entendu une rumeur folle : Fidel Castro allait passer dire bonjour. Non, impossible. Et puis il est arrivé. Grand, droit, vêtu du treillis complet, du chapeau, la totale. Je me souviens qu’il avait un pli très marqué à l’avant de son pantalon militaire immaculé. Il a discuté avec le groupe et a donné le nom de quelques chansons qu’il aimait bien. Incroyable, cet homme qui avait lutté aux côtés de Che Guevara connaissait des chansons des Manics. Il aimait particulièrement une chanson à propos d’Eli, un bébé qui avait été au centre qu’une triste querelle familiale et qui faisait l’actualité à l’époque. Il a demandé si les gars pouvaient le jouer assez tôt pendant le concert, car il devrait partir. Alors, vous allez assister à une partie du concert ? Vraiment ? C’est incroyable ! Nicky s’est ensuite risqué à dire qu’on était un groupe de rock et qu’on avait apporté un gros système Turbosound Flashlight du Royaume-Uni, et que du coup il préférait prévenir M. Castro que ça allait faire beaucoup de bruit.

Castro l’a regardé de haut en bas et a dit de sa voix retentissante : “Écoutez, ça ne peut pas faire plus de bruit que la guerre”.

Donc j’étais là, à La Havane, qui était plongée dans une nuit noire car nous avions besoin de toute l’énergie de la ville pour faire notre concert. Fidel Castro était assis derrière moi, juste derrière moi, il n’y avait personne entre nous. La nouvelle du concert a fait le tour du monde et 5 000 gamins en folie vont voir leur premier concert. Pas tout à fait la routine, quoi. Je dois dire que tous les gamins du public souriaient et saluaient El Presidente comme s’il était leur oncle préféré, et non un dictateur militaire. “Eh Jefe, Eh Fidel Buenos noches.”

Le concert était excellent. Le public a adoré et s’est beaucoup amusé à chanter et à agiter ses drapeaux, un peu comme une version très humide et beaucoup plus clean de Glastonbury, quand j’y repense. El Presidente est resté jusqu’au bout. Je n’arrêtais pas de me retourner en me disant, mais qu’est-ce qu’il doit bien penser de tout ça ? Il avait un petit sourire sur les lèvres et tapait du pied en rythme, comme s’il s’amusait beaucoup. J’espère qu’il s’amusait.

Cette nuit-là, après avoir chargé tout le matériel sur les camions, nous avons bien fêté ça. Qui allait croire notre histoire en rentrant ? On arrêtait pas de secouer la tête et de dire : “Est-ce que c’est vraiment arrivé ?” On était censés partir le lendemain matin, mais au petit-déjeuner, on nous a apporté un message : “Avant de partir, vous devez déjeuner avec El Presidente !”

“Mais, et l’avion ?”

“Pas de souci, l’avion attendra”.

“Euh… OK”.

Avant le début du déjeuner, El Presidente Fidel Castro se lève et tapote son verre pour demander le silence. Ensuite, de sa voix grave et théâtrale, il annonce : “Hier, j’ai dit que vous ne pouviez pas faire plus de bruit que la guerre. J’ai eu tort. Vous avez fait plus de bruit que la guerre et vous, vous…”, dit-il en montrant du doigt Sean, le batteur : “vous êtes l’artillerie”.




En tournée avec Massive Attack: The show must go on

Cet article est le deuxième de la série, En tournée avec Massive Attack de Robb Allan. Robb partagera son expérience à la fois en tant qu’ingénieur façade et membre de l’équipe Live Sound d’Avid.

Sofia

Si vous avez lu mes billets précédents, vous savez de quoi je vais vous parler. Je suis en tournée avec mon groupe préféré, Massive Attack, où je mixe sur ma console préférée, la S3L d’Avid, et je passe un super moment. Nous avons fini un calendrier de répétitions de production un peu chaotique et sommes prêts à attaquer les premiers concerts. À commencer par Sofia, en Bulgarie.

Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

Prenez une énorme boîte à biscuits en métal, retournez-la, encastrez-la dans du béton et vous aurez une petite idée de l’environnement acoustique de l’arène de hockey sur glace dans laquelle nous jouions. Mais bon, bien sûr, quand on fait du rock, ça n’a aucune importance. Le principal, c’est la performance et l’énergie du show. Dans les meilleurs concerts, le groupe, l’équipe technique et le public forment un tout éphémère et créent une communauté avec un seul objectif en tête : se perdre dans la musique.

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C’est mon premier concert de Massive depuis huit ans. Je suis un peu nerveux et alors que le titre Battlebox débute le show, les poils se dressent sur ma nuque et les 20 000 spectateurs crient leurs encouragements. L’espace d’un instant, je n’entends pas le groupe à cause du rugissement de la foule qui se réverbère dans cet énorme hangar stalinien plein à craquer. La tentation de monter les niveaux est insoutenable mais je parviens à me contrôler. Si je mets la gomme maintenant, ce ne sera plus possible de monter quoi que ce soit plus tard. Mon plan, c’est de mettre un pic de volume sur Angel, puis un deuxième sur Unfinished Symphony et ensuite de garder un plateau jusqu’à la fin des rappels. Angel est toujours le temps fort du show pour moi, donc je dois garder des réserves de son jusque là. Je suis sûr que le public ne pourrait pas supporter ce niveau de bruit trop longtemps, mais à mesure que la soirée avance, je suis ébahi par leur participation et leur enthousiasme.

Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

Pendant les premières mesures, je vérifie rapidement mon matériel : le timecode suit son cours et déclenche des snapshots, la session Pro Tools enregistre sur ses 64 canaux via Cat5e, et j’enregistre aussi un mix de référence sur deux pistes à 48 k 24 bits envoyé directement vers une clé USB, et mes snapshots l’éditent et attribuent automatiquement des titres de chansons à chaque fichier .wav. Tout ce petit monde travaille gentiment. Mon ami Radu est arrivé de Roumanie avec le chanteur de Sensor et ils sont avec moi à la façade. Nos regards se croisent : il sourit et me fait signe que tout se passe bien.

Au moment où Martina commence ses premières lignes de chant, je jette un œil à l’EQ du bus LR. La S3L offre un EQ graphique et un EQ paramétrique sur chaque sortie. Dans l’EQ graphique, j’avais coupé certaines fréquences, plus qu’à mon habitude, pour tenter de dompter l’acoustique ingérable pendant les balances. J’en ai remis quelques-unes après avoir essayé de jauger la différence que faisaient les 20 000 bulgares en furie dans l’environnement acoustique. Le son était atténué par leur présence, bien entendu, et leurs voix et leurs mouvements augmentaient grandement la température et l’humidité. J’ai remplacé ce que j’appelle les “fréquences téléphoniques”, de 600 Hz à 3 kHz, la plage où les voix sont projetées et les mots prononcés. J’ai aussi réinjecté certaines fréquences de la basse, entre 100 et 200 Hz. Le boom dans la pièce vide était violent, mais j’ai pu ajouter un peu plus d’énergie dans cette plage une fois la pièce remplie. L’EQ graphique est presque plat maintenant et c’est comme ça que j’aime le voir. Je me souviens avoir dit à Benny (notre manager de production), plus tôt dans la journée, que presque tous mes canaux était plats et que l’EQ système devrait être plat dans l’idéal. Il m’a conseillé de me faire payer moins, puisqu’il était évident que je ne travaillais pas beaucoup ! Oui, c’est ça. J’ai expliqué que les sons source étaient géniaux, les micros bons et au bon endroit, les préamplis de la S3L excellents et que si vous avez foi en vos oreilles et en votre équipement, il est parfois plus sage de ne toucher à rien.

Règle du bon roadie n°3 : Ne pas modifier le routing sauf si tu as une bonne raison de le faire. Autrement dit : si ça sonne bien, touche à rien!

Le show commençait à être rodé et j’aimais beaucoup la musique et la réponse du public. Pendant la phase de développement du show, je faisais de petits ajustements au snapshot de chaque morceau et je les stockais. Comme ça, pendant les premiers concerts et les balances, je pouvais affiner et approfondir le travail qu’on avait fait pendant les répétitions de production. Angel est arrivé et M. Horace Andy, le dernier représentant de l’âge d’or des chanteurs de reggae de Studio One, a fait son truc inimitable. Cet homme est éternel et sa joie de vivre transparaît dans chaque syllabe. “Love ya, love ya, love ya”… J’ai fait tourner la phrase avec un delay qui alterne entre gauche et droite, puis la batterie et la guitare sont arrivées. Le système de sonorisation était au maximum et la foule s’est mise à rugir spontanément. C’est dans ces moments-là que je me rends compte que je fais le meilleur métier du monde.

Visuels

À chaque concert, le groupe travaille avec un journaliste et un traducteur locaux pour diffuser des messages de “propagande” sur des écrans vidéos. Je ne sais pas ce qu’ils ont projeté pendant Future Proof (mon niveau de bulgare est un peu faible) mais la foule a failli faire exploser le plafond en métal de l’arène tellement elle était enthousiaste. Le contenu n’est jamais le même, il change pour chaque salle et pays pour correspondre à la culture, à la situation politique locale et à l’environnement. Ce qui est génial avec Massive Attack, c’est qu’ils sont toujours éclairés par l’arrière, presque dans le noir. Tout est dans la musique et les visuels. C’est comme une énorme installation artistique accompagnant un super groupe. L’ego n’y a pas sa place. Il faut attendre la toute fin du dernier rappel pour les voir éclairés par l’avant, tous les 9, à saluer le public et à se prendre dans les bras.

Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

Istanbul

L’étape suivante était Istanbul, où on jouait dans un parc du centre-ville. Le système de diffusion s’organisait autour de deux clusters de K1 très bien installés et alignés. Je suis arrivé tôt le jour du concert pour installer ma console et mon Pro Tools et travailler sur mon Virtual Soundcheck. J’ai remis tous les traitements de sortie à zéro, lancé la lecture et rappelé un snapshot. Pro Tools est allé au point correspondant du fichier Show du concert de Sofia et voilà : le son était presque celui que je voulais. J’ai rajouté du niveau aux subs avec le processeur et après quelques morceaux, mon travail était fait. J’ai apporté un peu plus de reverb, comme nous étions en plein air et que nous avions peu de réflexions à gérer. Ça m’a permis de jouer avec ma reverb Sonnox préférée. C’est vraiment super pratique de pouvoir contrôler indépendamment les niveaux des premières réflexions et de la reverb, ça m’ouvre pas mal de possibilités. J’ai mixé un album de rock classique il y a quelques années, du groupe The Black Bombers, et j’ai utilisé uniquement ce plug-in pour tous les effets d’instrument rétros. J’utilise aussi le Sonnox Transmod pour sculpter les formes d’ondes de mon groupe de batteries dans certaines parties du set et le Sonnox Dynamic pour la compression parallèle sur les deux batteries.

Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

Ensuite, il s’est passé un super truc. Ishmael Akkaya, l’un des Akkaya brothers, qui mixent le rappeur turc Ceza, s’est installé en façade avec sa S3L, et il avait aussi une autre S3L pour mixer les retours du groupe. Nous avons passé un super moment ensemble, même sans parler la même langue. Nous avons comparé nos plug-ins et beaucoup acquiescé et souri. Son concert était vraiment génial et j’étais très content pour lui. Le son était précis et ouvert avec un bas énorme et une clarté incroyable pour la voix du rappeur. Il s’est mis à déverser des torrents de mots ultra-rapides en turc, et même si je n’ai rien compris à ce qu’il disait, j’étais ravi de sa prestation.

Un jour, la portabilité des fichiers Show vous sauvera la vie

Je ne souhaite jamais à personne d’avoir des problèmes d’audio. Je ne suis pas du genre à rire du malheur des autres, mais un incident qui s’est produit ce jour-là avec un autre groupe sur une console concurrente m’a fait réalisé l’importance de la portabilité des fichiers Show. Sur les consoles Avid, tous les shows stockés sur une clé USB à partir de n’importe quelle console et avec n’importe quelle version du logiciel se chargeront directement sur n’importe quelle autre console Avid, sans aucun problème. J’ai été témoin du désespoir d’un collègue ingénieur façade qui n’a pas réussi à charger son show. Même marque, même modèle, mais pas le même numéro. Il a essayé de le lancer pendant des heures, jusqu’à l’heure du concert, puis il a laissé tomber. Il a mixé le groupe depuis la console de monitoring en envoyant un signal gauche droite au système de diffusion de façade. Aïe, aïe, aïe ! Je ressentais sa douleur, alors que je le voyais enchaîner clope sur clope et juron sur juron.

Quand l’heure de notre concert est arrivée, j’étais très content du système. Je n’arrivais pas à avoir le punch dans les graves que je cherchais avec le vieux système V-DOSC L-Acoustics, mais le K1 était très bon. Massive Attack utilise beaucoup de graves dans leur musique mais elles doivent être punchy et définies. Le K1 m’aide beaucoup à atteindre le son que je pense être le meilleur. Quand Future Proof est arrivé, et que les phrases et slogans en turc sont apparus sur les écrans, le public s’est mis à scander des slogans et à lever les poings au ciel. Plus tard, on m’a dit qu’ils parlaient d’un parc du centre-ville menacé (comme si le monde avait besoin de plus de grandes surfaces !). Ils ont continué à chanter leurs slogans bien après la fin du morceau. C’était impressionnant, j’ai bien cru que la révolution allait commencer là, devant mes yeux.

Barcelone

La date suivante était Barcelone, la ville où j’habite, qui accueille aussi l’excellent festival Sonar. Il se déroule jour et nuit à différents endroits de la ville et c’est l’un des plus grands festivals de dance et de musique électronique. Là encore, j’avais un système K1, mais cette fois-ci, il était gigantesque. Les gars de Twin Cam Audio avaient fait du super boulot et la sonorisation était monumentale. Mes deux fils sont venus et on a passé une super soirée. Le plus jeune, Ajani, ne m’avait jamais vu mixer, car il n’avait que 4 ans quand j’ai arrêté les tournées à plein temps. C’était super de l’avoir à mes côtés en façade pendant le concert. Ma femme, Lourdes, était au milieu de la foule en train de danser avec ses amis. Massive Attack est aussi son groupe préféré (nous sommes faits l’un pour l’autre) et elle dit que leur musique parle directement au “Ça” et que cela rend alors impossible de faire autre chose que de danser. L’aîné, Ibai, était aussi là avec ses amis hipster. Ils sont restés toute la soirée. Le festival se termine à l’heure du petit-déjeuner le jour suivant. Ses amis était ravis d’avoir des pass backstage, pas pour rencontrer les stars, mais pour l’open bar ! L’un d’eux s’est déboîté l’épaule et a fini la soirée à l’hôpital. Il jure que c’est arrivé en dansant et que ça n’a aucun rapport avec l’open bar!

Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

Le concert était incroyable, car il y avait 30 000 fans de Massive Attack qui dansaient et s’amusaient. Le public espagnol est toujours génial, les gens n’essaient pas d’être “cool”, ils sont là pour s’amuser. Nous avons pris la scène d’assaut après un DJ célèbre qui avait poussé le système à fond. C’était tellement fort que j’entendais à peine le check ligne, même avec mon casque fermé au max. Nous avons eu à peine 3 minutes pour nous vider la tête avant que le groupe monte sur scène. Nous avions nos visuels A, avec les lasers et tout. Le show a atteint le potentiel que l’on espérait. Le manager du groupe a dit que c’était leur meilleur son depuis des années. J’ai pris ça pour un compliment, pour le génie de la console S3L et l’excellence du système K1 monté par les techniciens.

J’étais super heureux, ma famille était là et je mixais, d’après moi, le meilleur groupe du monde sur une S3L, avec un système qui reproduisait chaque nuance et changement subtil que je faisais. Le rangement à la fin du show a été plus difficile, car un DJ essayait de faire saigner nos oreilles avec un son démesurément fort. Rudimental montait son équipement pour leur concert nocturne alors qu’on rassemblait notre matériel. Nous avons aussi dû charger une partie du matériel dans un autre camion, à destination de Reykjavik dans un 737 privé. Le tout en langue des signes au son d’une musique de discothèque avec le plus haut niveau de décibels au monde. Une vraie bouillie de clusters, comme on dit, mais on a réussi et tout a pu embarquer pour cette île nordique aussi étrange que magique.

Islande

Tout ce que je peux dire, c’est que, si vous en avez l’occasion, allez en Islande. C’est juste magnifique : des paysages surréalistes et une nature sauvage extraordinaire. Nous avons joué dans un festival plutôt intime dans la ville de Reykjavik pour lequel un système Meyer Milo avait été installé. Je n’avais pas travaillé avec ce système depuis longtemps. C’était très musical, mais je n’avais pas la puissance et la présence animale du système de Barcelone. Mais pourtant, je me suis bien amusé et le concert s’est bien passé. Le truc étrange, c’est que la nuit ne tombe jamais, même pas un tout petit peu : le soleil descend un peu puis il remonte aussitôt.

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Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

Nous avons fini notre set à 1h du matin, mais il aurait pu être 1h de l’après-midi, je n’aurais pas vu la différence ! La S3L a fait beaucoup parler d’elle : les équipes locales posaient beaucoup de questions et les curieux ne s’attendaient pas à voir autant de puissance sortir d’une console aussi compacte.

Jour de congé

Notre conducteur, qui s’appelait Love (si, vraiment), a passé la journée suivante à nous faire découvrir les paysages les plus stupéfiants de son île. Une cascade géante, des geysers, des glaciers, des chevaux sauvages… et nous avons fini par un bain dans des sources d’eau chaudes naturelles ruisselant à flanc de coteau. Incroyable. Je vous ai mis des photos, si ça vous intéresse. Je dois avouer que c’était l’un des meilleurs jours de congé de ma vie, et pourtant j’en ai eu des bons.

Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

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Ça m’a fait penser à tous les trucs super que j’avais pu faire en tournée. Je me souviens d’un jour de congé au Carnaval du Brésil, à regarder la foule depuis une terrasse privé très glamour, accompagné de quelques stars, avec un buffet et un bar scandaleusement luxueux à disposition. Nous sommes restés là toute la nuit, à regarder les danseurs dans leurs superbes costumes sur leurs chars gigantesques s’amuser au son d’une samba endiablée. Je me souviens aussi d’avoir regardé le soleil se lever en haut de la pyramide du soleil de Tehutiacan, au Mexique.

Music: On Tour with Massive Attack—The Show Must Go On

Le groupe que j’accompagnais en tournée avait embauché un chamane et avait obtenu la permission spéciale de s’y rendre avant tout le monde. Nous étions partis au milieu de la nuit et avions grimpé sur une énorme pyramide pour vivre cette expérience spirituelle exceptionnelle. Je n’ai rien ressenti de mystique, mais je me souviens que c’était un vrai challenge pour l’équipe de ne pas rire pendant que notre chamane chantait ses incantations et faisait son rituel. On avait une super vue de là-haut en tout cas, pour le lever du soleil.

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Voici aussi d’autres vieilles photos avec les Manic Street Preachers. Deptford Andy et moi sur un marché de Bangkok après un concert complètement fou (je vous raconterai cette vieille histoire de roadie dans le prochain article). Une jeune fille qui travaillait sur un stand nous a lancé “Farang farang ! La plage, c’est par là-bas !” en montrant du doigt une direction assez vague et en riant.

Une autre fois, au Portugal, nous avons loué un yacht privé et navigué le long de l’Algarve en buvant de la bière bien fraîche. Cette drôle d’équipe, c’est : JDB, Maddog Leitch, Deptford Andy et Moonboy Gritton. Il y avait pas mal de surnoms dans ce groupe. Le mien, c’était “Rubber Button”, c’est-à-dire : bouton en caoutchouc. Ne me demandez pas pourquoi!

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À la fin de la semaine, nous assurerons la tête d’affiche de la deuxième scène de Glastonbury, devant 60 000 fans couverts de boue. J’ai hâte!




En tournée avec Massive Attack: Répétitions de production

Cet article est le premier de la série En tournée avec Massive Attack de Robb Allan. Robb partagera son expérience à la fois en tant qu’ingénieur façade et membre de l’équipe Live Sound d’Avid.

J’ai passé ma vie à mixer sur les routes, mais depuis huit ans, je travaille chez Avid dans l’équipe Live Sound. Avid est l’auteur de toutes sortes de logiciels et de matériel qui permettent de créer les meilleures musiques que nous écoutons et les meilleurs films et programmes TV que nous regardons. Ses produits les plus célèbres sont Pro Tools et Media Composer. Depuis 4 ans, je fais partie de l’équipe dirigée par mon ami Al McKinna, qui comprend le Jedi de l’audio Robert Scovill, père de la nouvelle console pour le live répondant au doux nom de S3L. Depuis son lancement, j’ai beaucoup voyagé, j’en ai parlé avec la communauté audio et j’ai réalisé des ateliers pratiques avec mon collègue Chris Lambrechts. Et maintenant, je vais passer l’été en tournée avec la S3L et assurer le mixage façade de l’excellent groupe Massive Attack sur la console que j’ai vue grandir, depuis les croquis initiaux jusqu’à sa forme finale génialissime (je l’avoue, je ne suis pas très objectif).

Pour préparer la tournée, nous avons prévu de passer trois jours dans le studio de Massive Attack à travailler les arrangements et les idées, avant les cinq jours de répétitions de production à la Bristol O2 Academy pour programmer le show. Ensuite, nous enverrons le matériel à Sofia, en Bulgarie, où nous travaillerons une dernière journée sur la production sur site, puis il y aura le premier concert. Ma dernière tournée avec Massive Attack remonte à 8 ans, et j’ai tellement hâte de les rejoindre et de commencer la tournée que je me sens comme un enfant à la veille de Noël…

Music: On Tour with Massive Attack—Production Rehearsals

Dans le studio

J’arrive donc au studio de Massive, qui se trouve, selon leurs propres mots, dans un lieu secret de la zone industrielle de Bristol. C’est un endroit génial, décoré d’œuvres d’art de 3D et d’autres artistes. Il y a plein de trucs : des posters originaux des Sex Pistols, les œuvres d’art à l’origine des pochettes d’albums de Massive Attack et même un Cyberman d’origine de Doctor Who, que vous pouvez apercevoir sur la photo. C’est un lieu propice à la création et le groupe s’y terre depuis des semaines. Les deux batteurs, Julian et Damon, le bassiste Winston et le guitariste Angelo se sont installés dans la pièce Live. En régie, il y a les claviers, le playback et le chant. L’ingénieur du son retour Paul Hatt et les backliners sont dans le couloir. J’ai ma S3L à l’étage, entre la table qu’on utilise pour manger et le baby foot.

Music: On Tour with Massive Attack—Production Rehearsals

Music: On Tour with Massive Attack—Production Rehearsals

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Heureusement que la S3L est aussi compacte ! Si j’avais utilisé ma vieille console analogique de l’époque, on aurait eu très faim et on aurait dû annuler notre tournoi de baby foot de haut niveau…

Tous les instruments n’étaient pas repris au micro, car nous voulions nous concentrer sur les arrangements du groupe. J’ai construit mon fichier Show et utilisé un mix retour de Paul pour écouter les nouvelles chansons et les nouveaux arrangements. C’était sympa, mais j’avais hâte d’aller à l’Academy pour commencer le vrai travail. Le dimanche soir, tard, nous avons emballé tout le matériel et nous nous sommes rendus de l’autre côté de la ville.

Bristol O2 Academy

Nous avons décidé de placer tout le backline par terre dans la salle car il n’y avait pas assez de place sur scène. Pour les reprises, nous n’avons choisi que des micros assez simples. Je joins ma patch list à l’article, pour les curieux.

Les micros les plus inhabituels : un Altec 633A en top sur la caisse claire de Damon et le nouvel AKG D12VR pour le kick.

Music: On Tour with Massive Attack—Production Rehearsals

Nous allons faire beaucoup de festivals en plein air cet été, de l’Islande au Liban, donc j’ai voulu sonoriser le kit par zones, avec des micros placés assez bas plutôt qu’en overhead, pour limiter les bruits de vent et avoir un son de batterie propre et précis.

Music: On Tour with Massive Attack—Production Rehearsals

Nous avons utilisé des Shure Beta 98AMP sur les toms et un mix de AKG C414B XLS et de Shure SM81 sur les cymbales, le charley, les percussions, etc. J’avais aussi besoin de micros rapprochés pour quelques-uns des plug-ins ésotériques insérés sur des coups de cymbales ou des percussions spécifiques dans certaines parties des morceaux (nous verrons ça plus en détails plus tard).

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Bizarrement, l’énorme équipement vidéo et d’éclairage étaient préparé et programmé dans une autre ville. Nous avions un lien vidéo pour regarder leur travail pendant que nous faisions le nôtre. Nous n’avons donc pas associé le son et l’image avant d’arriver à Sofia ! Il y a des configurations visuelles A et B qui se déplaceront à travers l’Europe tout l’été, avec quelques surprises supplémentaires pour le show de Glastonbury, où nous jouerons en tête d’affiche.

Liste de l’équipement de façade

Pour la façade, je transporte ma S3L dans un flightcase audio AdLib très pratique et j’utilise un support de clavier pour le poser (alors qu’avec notre vieux matériel paléolithique, on devait s’y mettre à 10 et sortir une batterie de jurons au passage). J’ai un MacBook Pro pour enregistrer et lire dans Pro Tools, un Rosendahl Mif4 pour convertir le LTC en MTC, une interface MIDI Roland UM ONE et mon Focal CM50. Les Focals sont des moniteurs géniaux de mon studio que j’utilise pour le Virtual Soundcheck et le travail audio en général. Je peux les écouter toute la journée sans me fatiguer. J’adore leur douceur, leur précision et leur côté non agressif dans les aigus et leur réponse plate et fidèle dans les basses. Ce sont de loin mes moniteurs de proximité préférés.

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Timecode

Tout le show suit un code généré au niveau de la machine de playback. Les stems de Pro Tools, principalement des effets sonores et des pistes de clavier, sont importés et calés sur le code avec les pistes de clic. Tout cela est distribué aux univers de l’audio, de la vidéo et de l’éclairage.

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Voici comment ça marche : le LTC est envoyé sur un canal d’entrée via un multi AVB, un canal de sortie direct est relié à mon périphérique Rosendahl qui le convertit en MTC, le Roland me renvoie le MTC en MIDI pour déclencher les snapshots du show. Ce qui est vraiment bien, c’est que, dans mon Virtual Soundcheck, j’enregistre le code LTC dans une piste Pro Tools quand le groupe est sur scène, et en mode Playback, le code est là au même endroit que dans Pro Tools, va dans le Rosendahl, etc. Cela me permet d’effectuer une programmation précise.

Parfois, sur certains passages, il y a trop de changements pour que je puisse les faire manuellement. Je peux passer du temps sur mon Virtual Soundcheck pour trouver le moment exact où rappeler mon snapshot, le stocker, en sachant qu’il sera parfait à chaque fois. C’est génial et un peu comme de la science-fiction ! Avant, j’utilisais des cartes indexées avec des rappels écrits au dos. Le problème avec les fiches, c’est qu’il faut commencer par ne pas les oublier. Des fois je les laissais dans le bus, avec mon déjeuner, ou à l’hôtel… Nous avons aussi utilisé des pistes de playback supplémentaires pour les retours, comme par exemple des décomptes, du type 1, 2, 1, 2, 3, 4 pour les retours in-ears. Et même des notes ou des accords pour aider les chanteurs à trouver la note sur les passages les plus denses.

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Le Virtual Soundcheck, c’est génial !

Nous avions environ 4 jours pour travailler à l’Academy. Nous avons passé de longues heures à perfectionner le show, le groupe répétait des morceaux et travaillait sur les mix in-ear. Paul avait tellement de repères à noter, mais avec le code pour les déclencher, son travail était un peu moins impossible. La scène était majoritairement silencieuse, sans haut-parleurs, in-ears ou amplis virtuels. Les seuls sons provenaient de la batterie acoustique et du claquement des baguettes sur les pads des drum kits électriques. Ça aide vraiment pour le Virtual Soundcheck car nous n’avons pas à composer avec les bruits d’ambiance émanant de la scène, surtout dans les grandes arènes et les shows en plein air. Je travaillais dans Pro Tools toute la journée, ma session la plus longue durait 10 heures ! C’est incroyable qu’avec un MacBook Air et un lecteur USB3 standard, je puisse enregistrer 64 pistes vers Pro Tools sur un câble Ethernet, jour et nuit. C’est vraiment génial d’ouvrir une nouvelle session dans Pro Tools et de voir l’option Create session from VENUE. Pro Tools reconnaît qu’il est relié à un système VENUE, et à l’aide des métadonnées incluses dans le réseau AVB, il crée une piste pour chaque canal de la console sur lequel une entrée est patchée. Il crée également des pistes mono ou stéréo pour refléter les canaux mono ou stéréo de la console. Plus encore, il utilise le nom du fichier Show VENUE comme nom de session PT et tous les noms des canaux d’entrée de la console comme noms de pistes dans Pro Tools. Tout cela se produit plus vite qu’il ne me faut pour le dire. C’est une véritable alchimie audio et ça me fait économiser beaucoup de temps et d’efforts. Je commence par un snapshot par morceau et le reste suit à partir de là.

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Snapshots et plug-ins

Comme je l’ai dit, dans certains morceaux il y a plusieurs changements à un point précis, qui sont impossibles à faire manuellement. Je crée un nouveau snapshot pour ce passage et je le programme pour qu’il se déclenche à cette image précise du MTC. En mode d’enregistrement, quand je rappelle un snapshot, un repère cue est inséré sur la timeline de Pro Tools. En mode Playback, quand je rappelle un snapshot, Pro Tools se rend directement à ce point. Ça simplifie tellement l’enregistrement et les modifications du show.

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Puisque VENUE dispose de recalls sélectifs dans son workflow basique pour les snapshots, je pouvais construire lentement mes mix, en sachant que je pourrais ajouter d’autres éléments plus tard. J’ai commencé avec des faders et des mutes, puis j’ai ajouté des paramètres de plug-ins et des changements de noms pour les pistes de playback. Puis à l’aide de la matrice Safe de Snapshot Recall, j’ai ajouté des changements plus créatifs avec un traitement dynamique spécifique pour, disons, un compresseur dans un canal. À la fin, j’avais quelques repères de plug-ins très spécifiques. Un SansAmp est inséré sur le rimshot de Tear drop pour lui donner plus de mordant. Il est ensuite envoyé dans une reverb plate courte avec un pre-delay de 125 ms. J’ai quelques repères pour l’insertion d’un phaser Moogerfooger sur l’une ou l’autre des cymbales ride. Je stocke les changements plus généraux, comme des réglages constants d’EQ ou de plug-in, dans mon fichier Show. Grâce à ça, je peux être très stratégique et précis avec mes snapshots.

Quand le groupe répétait, j’enregistrais tout dans Pro Tools. On a travaillé par à-coups car le groupe se familiarisait avec son mix de scène et affinait les arrangements. Au bout d’un moment, j’arrivais à enregistrer un morceau complet et quand ils faisaient une pause ou rentraient chez eux, je pouvais commencer à monter le mix à partir de l’enregistrement. Robert, connu sous le pseudonyme de 3D, s’asseyait à côté de moi pendant que je travaillais. Il a une très bonne oreille musicale. Tous les autres membres du groupe me rejoignaient aussi à différents moments et partageaient leurs idées avec moi. Nous pouvions être très abstraits et philosophiques à propos du son que nous voulions créer. Le charley et la caisse claire sur l’un des morceaux devait sonner « comme un enregistrement de Serge Gainsbourg » (j’ai dû aller acheter un album sur iTunes, je ne connaissais pas du tout !). À un moment, 3D et moi avons parlé de traitement dynamique. Massive a d’énormes pointes de son, comme un tsunami qui s’abat sur vous avant de se transformer en minuscules clochettes (une reverb inversée retardée insérée sur un morceau). Il était tard et j’ai commencé à dire : « Sans le silence, le bruit n’existe pas : c’est dans le contraste que l’on trouve la vérité. Sans le silence, le bruit n’est pas du bruit, c’est de l’ambiance ». Mark, le manager du groupe, m’a ensuite fait remarquer que je parlais comme un personnage de Spinal Tap. C’était donc l’heure d’aller dormir ! Au fil des jours, nous avons lentement monté une production audio détaillée, comme on produit un album, en changeant les sons de batterie et les reverbs pour chaque morceau, en appliquant un traitement dynamique aux morceaux, en tentant de faire varier l’ensemble pour faire monter les morceaux jusqu’à leur apogée puis les faire retomber dans un quasi-silence, afin de donner de la cohérence au show. Les morceaux doivent fonctionner ensemble et avoir un style et un contenu audio cohérents en eux-mêmes et avec le reste de la performance, qui durait deux heures. La collaboration offerte par le Virtual Soundcheck est incroyable. J’adore avoir la possibilité de passer du temps avec l’artiste et de partager la responsabilité et la créativité de la présentation de l’audio. Les artistes se sentent tellement plus à l’aise quand ils savent que l’audio diffusé aux spectateurs est un concept qu’ils ont créé avec l’ingénieur façade et validé eux-mêmes. Avant, ils devaient se fier aux retours de leurs mères et petites amies (ou d’un directeur artistique assis au bar) pour savoir ce que le son avait donné.

Règle du bon roadie n°2 : Écouter le groupe. C’est leur musique, votre job est de vous assurer que tout le monde peut en profiter.

Journée de production à Sofia

Nous allons tous au concert, et découvrons qu’il s’agit d’une arène de hockey sur glace de l’époque soviétique : du béton, des sièges brillants, du verre et un gigantesque toit en tôle ondulée. Le toit était en fait la plus grande reverb plate au monde. La première chose que l’on a vu en arrivant, c’est une pancarte nous informant que nous ne pouvions pas rentrer avec des armes. J’étais bien content de l’apprendre. Plus tard, j’ai testé la reverb sur le kick : elle s’élevait à 11 secondes… Il y a eu une pagaille inouïe une heure après le début de l’installation quand un rat de la taille d’un chat domestique (juste énorme) s’est échappé en courant des canalisations ouvertes, est passé sous la rampe de la scène et a suivi le multi jusqu’à la façade, avant de disparaître dans une autre canalisation ouverte.

Music: On Tour with Massive Attack—Production Rehearsals

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Music: On Tour with Massive Attack—Production Rehearsals

Le système de diffusion principal était une d&b V-Series avec des V-SUB, c’était la première fois que je les utilisais. C’est un caisson passif, donc il y a beaucoup de son émis par un petit nombre d’amplis. C’est toute l’efficacité de l’ingénierie allemande. Le son était génial, même dans cette salle. Malheureusement, il n’y avait pas assez de subs en Bulgarie pour couvrir l’ensemble de l’arène, qui pouvait accueillir environ 20 000 personnes. La société de location avait d’anciens subs faits maison (moins j’en dis à leur propos, mieux c’est) et quelques Nexo GEO S8 pour la diffusion principale. Ils avaient quelques infills Nexo et des subs faits maison pour les infills sur les côtés, un vrai mélange. Nous avons passé un peu de temps là-dessus et j’ai enfin réussi à les faire tous fonctionner ensemble ! C’était un peu comme les nations unies des haut-parleurs, et moi j’essayais de faire en sorte qu’ils s’entendent malgré leurs différences.

Malheureusement j’ai dû abandonner des points importants du mix pour pouvoir utiliser cette salle et nous sommes repassés à notre son de base. À un moment, le bassiste Winston m’a demandé si la reverb de son rack d’effets avait le bon temps de reverb et s’il avait besoin d’en rajouter… La version politiquement correcte de ma réponse est que, aussi bonne qu’était l’offre, il y avait suffisamment de graves gratuites dans l’arène. Et voilà, la phase de production était terminée. Le spectacle pouvait commencer!

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